Apres une nuit de traversée entre Nador et Almeria, nous débarquons en Europe. Tout est clinquant, tout est propre. Tant de richesse nous met un peu mal à l'aise. Nous mettons beaucoup de temps à nous rehabituer à cette société du "trop" !
Nous remontons la cote espagnole, en longeant les alignements d'immeubles qui cachent la mer.
Un soir nous hébergeons un clown à vélo sous l'avancée de notre tente. En echange, il nous apprend à marcher sur un fil et à jouer de la trompette ! Les immeubles défilent jusqu'a Barcelone où nous retrouvons Fanélie, une amie de Lorient.
Trouver un endroit où dormir n'est pas chose facile sur cette côte balnéaire désertée. Nous faisons peu de rencontres. Le froid de l'hiver arrive et la frontière française approche.
Une bonne côte nous sépare de la France. Nous la franchissons en fin de journée, puis achetons vin, fromage de chèvre et éclair au café pour fêter notre retour au pays.
Encore trois semaines de remontée à travers la France. Nous en profitons pour rendre visite a plusieurs amis en chemin. Nous nous faisons petit à petit à l'idée que la fin du voyage arrive. Les Français nous réservent un accueil formidable et inattendu. Régulièrement, on nous offre un thé, puis le repas, et même un bon lit au chaud ! Notre pays est plus hospitalier que nous ne l'avions imaginé. A Descartes (37), nous croisons notre route du départ et rendons visite à Yohann et Valérie, qui nous avaient accueillis si gentiement il y a maintenant deux ans.
La grande richesse de ce voyage est d'être amenés à rencontrer chaque jour des gens totalement différents les uns des autres. Une chance incroyable qui nous a permis de connaître les mots ouverture d'esprit, curiosité, tolérance... Cela nous manquera beaucoup plus que les heures de vélo...
Les derniers jours sont pluvieux et venteux. Nous retrouvons nos régions, des odeurs, des images, des goûts que nous connaissons depuis toujours. Nous sommes impatients de retrouver nos proches.
Samedi 03 mars, 16 heures :A mesure que les derniers kilometres defilent, la pression monte. Nous appréhendons un peu notre réaction face à la fin d'une si belle aventure, et au retour à une société qui nous dépasse parfois... La boule au ventre, nous approchons du lieu de rendez-vous. Une grande banderole et un attroupement nous barrent la route. Nous les voyons et les entendons de loin. Peut-être avaient-ils peur que nous ne nous arrêtions pas ?! Nous ralentissons pourtant, serrons les freins, puis posons le pied à terre, pour la dernière fois. Un moment fort, où l'on plane un peu, portés par trop d'émotion. Tous ces gens nous ont manqué pendant deux ans, et les voici d'un coup, tous réunis, que nous pouvons serrer dans nos bras !
Que la fête commence... Les proches nous ont préparé une très belle fête. Nous danserons même tous les deux sur la table ! Nous profitons de chaque minute trop courte. Même la Lune est de la fête, et nous offre une belle eclipse.
Nous sommes heureux. Nous avons atteint, ensemble, le but que nous nous étions fixé. Des projets plein la tête, l'aventure de notre vie continue. Comme quand on lutte pour atteindre un col, l'ascencion est longue. La route est tantôt belle, tantôt difficile. Mais une fois en haut, quelle fierté, quel bonheur. Pourtant, ce n'est qu'un passage. Car derrière le col s'étendent déjà à perte de vue de nouvelles steppes, immenses, inconnues et attirantes...